Comment êtes-vous arrivée en France?

J’ai fait des études de français car j’ai toujours aimé cette langue. J’ai fait une année à Bordeaux en Erasmus, j’ai rencontré mon futur conjoint. J’ai fait plusieurs années entre les deux et, à la fin de mes études, je me suis installée à Rennes car mon conjoint est rennais. Puisque je faisais mon doctorat avec la fac allemande, j’étais libre d’aller où je voulais, c’est donc la recherche d’emploi de mon conjoint qui a déterminé la ville. Il a trouvé un poste sur Paris, mais après un an et demi nous en avions assez. Nous voulions retourner en province. Il a été embauché à Bordeaux, nous avons donc déménagé là-bas.

Pensiez-vous y rester si longtemps?

Il été relativement rapidement évident que je ferais ma vie en France, avant même que je ne rencontre mon conjoint. Mais je ne pensais pas y demeurer en tant que professeur, ça a été un hasard total.

Comment êtes-vous devenue enseignante, alors?

Quand j’habitais à Paris, j’ai trouvé un poste comme assistante de langues vivantes dans deux lycées de banlieue. Une fois cette mission terminée, nous avons déménagé à Bordeaux et j’y ai trouvé un nouveau poste d’assistante. Seulement, l’académie manquait de professeurs d’allemand remplaçants. C’est pourquoi, on m’a proposé quelques jours avant la rentrée un remplacement dans un grand lycée bordelais. Après cette mission, qui a duré presque toute l’année scolaire, je suis devenue professeur contractuel pendant plusieurs années, puis j’ai passé le CAPES et j’ai obtenu mon poste actuel.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans la culture française?

Ce n’est pas facile à dire. Maintenant plus beaucoup de choses, car je me suis habituée… ça a été difficile pour moi car les gens parlent vite mais surtout ils ne se laissent pas parler, il faut être rapide pour intervenir sinon quelqu’un parlera toujours avant vous. Dans l’administration, il faut vraiment embêter les gens pour obtenir ce que l’on recherche. Je n’aurais pas obtenu de place à la crèche pour mon fils, par exemple, si je n’avais pas bien insisté auprès de la mairie.

Pour être positive, les français ont une légèreté de vivre que je ne retrouve pas en Allemagne.

Vous sentez-vous intégrée ici?

Oui.

Au-delà de l’apprentissage de l’allemand, qu’espérez-vous/qu’aimeriez-vous apporter à vos élèves?

Une ouverture d’esprit et un échange avec les gens entre les pays, qu’ils créent des liens avec l’Allemagne.

Comment est-ce d’enseigner l’allemand dans une région limitrophe de l’Espagne?

Fatigant! Il faut constamment se battre pour maintenir son poste, faire de la publicité… je suis en plein dedans d’ailleurs, je vais dans les écoles primaires pour présenter la LV2, la classe bilangue… nous sommes un peu VRP (voyageur, représentant et placier) en plus d’être prof.

Qu’est-ce qui vous manque le plus (par rapport à l’Allemagne)?

Certaines choses dans la nourriture : les Toffiffee, les Koppers, les saucisses pour le barbecue… et des petits détails, par exemple en ce moment c’est Pâques, et en Allemagne nous faisons des bouquets d’œufs avec des forsythias. Ici, quel que soit le fleuriste, impossible d’en trouver !

En quelle langue parlez-vous à votre enfant?

La plupart du temps, je lui parle en allemand, pour deux raisons. Ma famille ne parle pas français, c’est donc une nécessité pour communiquer avec lui. Ensuite, j’espère que connaître deux langues l’aidera dans le futur.

Quel est l’avantage d’élever un enfant en France ? L’inconvénient ? (selon vous)

En Allemagne, si on reprend le travail six mois après l’accouchement, on est une Rabenmutter, c’est-à-dire une mauvaise mère. En France, c’est normal. Les structures sont adaptées.

Mais je ne sais pas si c’est un avantage ou un inconvénient, ça dépend comment on le regarde. C’est juste différent.

Avez-vous l’impression de vivre une expérience multiculturelle au quotidien?

Non, car les cultures sont suffisamment proches pour que ce ne soit pas extraordinaire. Ce sont deux pays occidentaux, la différence n’est pas notable comme par exemple la Chine ou l’Afrique.

J’ai déjà rencontré des adultes dont les parents n’auraient jamais accepté qu’un allemand rentre chez eux. Comment votre entourage (en Allemagne) perçoit-il la France ?

D’une manière générale, mon entourage avait (et a toujours) une image positive de la France. Mais j’avais des amis au lycée en Allemagne qui ne comprenaient pas trop ma passion pour la France car ils  détestaient notre professeur (qui était français) et n’avaient pas fait des bonnes expériences en partant en France en vacances. Ils trouvaient les Français très malpolis et disaient qu’ils faisaient volontiers semblant de ne rien comprendre quand on s’adressait à eux avec un français approximatif, voire en anglais. Pour ma part, je n’ai jamais eu des soucis de ce genre (mais déjà au lycée, je parlais assez bien le français).

Ma famille est ouverte sur les autres cultures et de toute manière, la seule génération qui a vécu la deuxième guerre mondiale, c’est celle de mes grands-parents. Mais ils étaient déjà décédés quand je me suis installée en France. Je ne crois pas que mon choix les aurait dérangés, ils aimaient bien voyager et s’intéressaient aux autres pays.

De mon côté, quand j’étais plus jeune, je culpabilisais pour mes origines allemandes quand je partais en vacances en France, justement à cause de l’Histoire de l’Allemagne. Mais même quand j’ai rencontré des gens de la génération de mes grands-parents en France, tout le monde était gentil avec moi et suffisamment lucide sur le fait que j’appartenais à une nouvelle génération d’Allemands qui ne peut pas être tenue responsable pour les actes de ses ancêtres.


Thanks Clémence for the interview! 😉


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